Une préoccupation fréquente des chargés de cours que l’on reçoit en formation concerne la détection de l’intelligence artificielle dans les travaux réalisés par les étudiants. Dans cet article, nous allons essayer de montrer en quoi cette inquiétude est un peu vaine puisqu’il est très facile pour un modèle d’intelligence artificielle d’imiter n’importe quel style d’écriture. Claude AI offre d’ailleurs cette possibilité en quelques clics.
Les solutions pour détecter l’utilisation de l’intelligence artificielle
Il existe de nombreuses applications qui se targuent de pouvoir détecter l’utilisation de l’IA. Nous n’allons pas en dresser l’inventaire exhaustif ici car ce n’est pas le propos de l’article.
Ci-dessous, vous trouverez une liste des solutions de détection même si leur gratuité est souvent limitée. Et dans le cas des solutions totalement gratuites et Open Source, d’autres limites apparaissent. En effet, les compétences techniques qu’elles requièrent pour être mises en oeuvre sont souvent complexes.
- Copyleaks.com
- Gptzero.me
- Huggingface.co
- Quillbot.com
- Smodin.io
- Surferseo.com
- Writer.com
- ZeroGPT.com
- Compilatio
Ne pensez pas que nous remettions en question la volonté des développeurs de découvrir le Graal en créant un programme capable de détecter à coup sûr l’utilisation de l’IA dans un travail écrit. Mais force est de consater qu’il existe comme nous le verrons des freins énormes à la concrétisation d’une telle utopie.
Les indices à disposition de l’enseignant·e
Le niveau de langue
Un des meilleurs moyens de détection de l’usage de l’IA dans des travaux sensés avoir été réalisés exclusivement par les étudiants est le flair ou l’intuition du chargé du cours.
S’il a la possibilité de comparer des travaux réalisés en classe avec des travaux que l’étudiant·e a travaillés en autonomie à son domicile, il peut se rendre compte que le niveau de langue ou de syntaxe n’est pas en adéquation avec les capacités réelles de l’apprenant. Il peut se rendre compte aussi que le développement conceptuel est trop avancé ou trop stéréotypé, signe d’un usage de l’IA.
La difficulté reste néanmoins, comme à chaque fois, la charge de la preuve pour démontrer le recours à un modèle d’IA.
Les indices typographiques
Reste alors dans la besace du chargé de cours, les indices du méfait que l’étudiant aura laissés sur la scène de crime. Ainsi, lorsqu’un texte rédigé en français se met à respecter de manière inopportune les règles ou conventions typographiques anglo-saxonnes, il ne fait aucun ne doute que son auteur a utilisé l’IA.
Par exemple, les titres, en anglais, prennent une majuscule à chaque mot contrairement au français où seul le premier mot en prend une sauf exception rare.
Or, les IAs conversationnelles ont été entraînées sur des données majoritairement anglo-saxonnes et les titres prennent souvent de ce fait le formalisme de cette langue. Le titre Mange Ton Pain Noir, écrit de cette manière plutôt que de manière conventionnelle en français (Mange ton pain noir), divulgue de manière claire l’usage d’une IA.
L’analyse qualitative
À d’autres moments, l’enquête se révélera plus ardue, et il faudra procéder à un examen plus subtil de la situation, en privilégiant l’évaluation qualitative des contenus.
Ainsi, l’absence de raisonnement quintilien, du nom de ce rhéteur du premier siècle après J.-C., dans les écrits réalisés par l’IA est un indice .
La machine a tendance à sauter des étapes de raisonnement, à ne pas s’embarrasser à investiguer l’ensemble des questions autour d’un concept. Intégrer dans un raisonnement Qui, quoi, où, avec quels moyens, pourquoi, comment, quand sera plutôt l’œuvre d’un·e humain·e. L’IA, quant à elle, évitera d’exprimer des opinions subjectives ou d’utiliser un langage nuancé et émotionnel. Le ton qu’elle emploiera sera souvent neutre et son propos, souvent creux, tendra à manquer de profondeur dans les explications.
Dès lors, plutôt que de se fier uniquement à des détecteurs automatisés, les chargé·e·s de cours ont intérêt à procéder à une analyse attentive du style et du contenu du texte de son étudiant·e pour en identifier l’origine.
Le grand chamboulement
Si, dans les premiers temps, il était relativement aisé de détecter l’usage de l’IA dans les travaux des étudiant·e·s, car le chargé de cours avait à sa disposition un arsenal de détection efficace, ce n’est plus tout à fait vrai.
Il est, à présent, beaucoup plus difficile de s’assurer qu’un·e étudiant·e n’a pas utilisé l’IA pour réaliser son écrit.
En effet, il est possible d’entraîner une IA pour qu’elle imite notre écriture. Si, avant, cela nécessitait un certain savoir-faire en matière de prompt engineering (l’art de formuler des requêtes en intelligence artificielle), cet état de fait est de moins en moins vrai.
Et c’est de plus en plus à la portée de n’importe quel étudiant de fabriquer une machine à penser et à écrire comme lui.
Un·e étudiant·e dyslexique pourrait, par exemple, pousser l’IA à écrire comme lui ou elle, en l’amenant à faire les mêmes fautes d’orthographes, les mêmes confusions et inversions de sons et de lettres.
Claude AI rend d’ailleurs ce processus de personnalisation des écrits très accessible.
Personnaliser le style d’écriture avec Claude

Avec Claude AI , il n’a jamais été aussi simple de fournir des écrits à une intelligence artificielle pour qu’elle s’en inspire.
Pour apprendre à créer votre propre style d’écriture dans Claude AI, il vous suffit de suivre le guide ci-dessous réalisé avec Tango. Cliquez sur le bouton View Steps et naviguez avec les flèches directionnelles pour apercevoir les étapes du tutoriel.
Changer nos pratiques pédagogiques
À partir du moment où il est tellement aisé de laisser l’IA écrire en copiant notre style, à partir du moment où il devient de plus en plus difficile de discerner la production humaine d’une production machinique, il devient urgent de nous interroger, en tant qu’enseignant·e·s, sur les types d’activités pédagogiques que nous pouvons donner à nos étudiant·e·s.
Nous ne doutons pas que, bientôt, tous les travaux écrits des étudiant·e·s seront réalisés, pour partie, à l’aide de l’IA. Que ce soit pour réaliser une activité de remue-méninge, créer un plan, trouver des liens entre les idées, trouver des sources, réaliser des graphiques, corriger l’orthographe et la syntaxe, développer un argumentaire, l’IA sera mise à contribution. L’idée est donc de réfléchir à la place de celle-ci dans les dispositifs pédagogiques, mais aussi de penser au refaçonnage nécessaire des dispositifs eux-mêmes.
S’il nous semble, en effet, exclu d’autoriser que les étudiant·e·s puissent réaliser un travail grâce à l’IA, sans qu’il leur soit nécessaire d’y contribuer d’une quelconque façon. Il ne faut pas se leurrer et si le cadre d’une utilisation des modèles d’intelligence artificielle n’est pas défini, et si aucune ressource n’est fournie quant à l’usage adéquat et validé de l’IA par les enseignants ou les apprenants, il est certain que l’on sera alors dans un far-west sanglant où le pire cotoiera souvent le pire. Or, dans un travail, l’intervention humaine est essentielle pour rendre le travail précisément humain.
Homo sapiens sapiens étant par nature paresseux (Cheval, Boisgontier & Sarrazin, 2019), il est urgent que les parties prenantes dans l’Enseignement pour Adultes prennent conscience des possibilités offertes par l’IA afin d’apporter aux enseignants des solutions concrètes en termes de bonnes pratiques pédagogiques. Pensons notamment aux dispositifs d’évaluation, qui devraient souvent être revus de fond en comble au regard de l’émergence de cette nouvelle technologie.
Sources
Cheval, B., Boisgontier, M., & Sarrazin, P. (2019, avril 5). L’être humain est programmé pour la paresse. Science et vie. https://www.science-et-vie.com/paroles-d-experts/letre-humain-est-programme-pour-la-paresse-11455.html
Quintilien. (2024). Dans Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Quintilien&oldid=220401688

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